Le 26 septembre 2019 a eu lieu la conférence de l’ONU sur le climat, une conférence que j’attendais avec impatience. Enfin, la crise du climat allait être être prioritaire sur nos to-do lists mondiales et faire la une de nos journaux. Je me demandais ce que les leaders allaient répondre, de quelles actions on parlerait, dans quelle direction on irait à partir de là. À l’école, on m’a appris que l’ONU servait à ça : établir les grandes causes mondiales et trouver des solutions.

Quelques jours plus tard, non curieuse de savoir ce que la presse française allait en dire et comment elle allait présenter le discours plein d’émotions de Greta Thunberg, je me suis rendue sur le site du Monde. Si le fait qu’une jeune activiste de 16 ans prenne autant de place sur la scène internationale allait forcément faire parler les médias, que son discours remette notre humanité au centre des discussions politiques allait – j’en étais sûre – faire parler autant nos économistes que nos psychologues.

Problème invisible = solution inexistante

J’ai mis près d’une minute à faire défiler la page d’accueuil du Monde sur mon téléphone avant de pouvoir tomber sur un article qui la mentionnait. En 2019, une minute à faire défiler une page d’accueil, c’est vraiment long. C’était quand la dernière fois que tu as passé ce temps sur la même page d’un site internet depuis ton smartphone ?

Il fut un temps où les médias comme les journaux et programmes télévisés étaient les seules sources d’information. Aujourd’hui grâce aux réseaux sociaux et internet, on trouve beaucoup de désinformation, mais aussi des quantités de contenu que les médias principaux ne se daignent de relayer. Mon fil d’actualités Twitter est majoritairement en anglais, et je me suis habituée à chercher (et trouver) les plateformes qui racontent la crise du climat.

Sans savoir qu’un problème existe, impossible de chercher de potentielles solutions.

J’avais (naïvement) oublié que quand il s’agit de s’informer, les médias les plus établis sont rarement les plus objectifs – et encore moins lorsque les nouvelles nous invitent à remettre en question le système dans lequel on vit. Et pourtant, c’est mon normal à moi. Mon réseau, autant en ligne qu’en chair et en os, est fait de curieux.ses et rebel.le.s (certains diront utopistes à nos heures perdues), et nos lectures des médias s’arrêtent rarement au bas de la page. Non mais, c’est vrai ce que je lis ? Et si c’est vrai, on pourrait pas faire quelque chose pour l’en empêcher ?

Me voilà donc, téléphone dans la main, indignée. Comment peut-on tenter de réfléchir à des solutions si on ne sait même pas qu’un problème existe ?

J’étais si en colère, énervée de voir que les principaux médias français portent si peu d’attention à la crise du climat, la problématique la plus importante du siècle, vu les conséquences irréfutables qu’elle va continuer provoquer. Les vidéos qui racontent pourquoi Greta Thunberg reçoit tant de haine et si les bénévoles d’Extinction Rebellion reçoivent bien 400 livres par semaines pour pour survivre pendant la rébellion ne devraient pas être les articles les plus lus portant sur le sujet. Alors pourquoi c’est le cas ?

Les scientifiques sont sûrs d’une chose : le dérèglement climatique va générer des changements dont les conséquences entraîneront un effondrement social dont il est difficile d’estimer la portée.

Le premier pas : dire la vérité

Le problème, c’est que ces vidéos et articles qui posent des questions absolument inutiles en vue de l’urgence de la situation (qui est bien une urgence, déclarée par l’Assemblée nationale française elle-même pas plus tard qu’en juin dernier) ne nous aident à comprendre cette crise, à savoir pourquoi il faut s’inquiéter et demander l’action immédiate aux gouvernements.

C’est même les premier des 3 points sur lesquels Extinction Rébellion (XR), le groupe de désobéissance civile non violente, insiste en manifestant partout dans le monde : #TellTheTruth, ou dire la vérité sur le changement climatique, est une demande simple. Et pourtant, les médias français sont eux aussi coupables d’inaction, même s’il est clair qu’en continuant à consommer nos ressources comme on le fait aujourd’hui, la canicule qu’on a vécu en France l’été dernier (2019), les inondations, les ouragans, les sécheresse qu’on voit déjà à travers le monde ne vont qu’empirer. La bonne nouvelle, c’est qu’on a la technologie et l’argent nécessaires pour initier ce changement. Mais comment peut-on réclamer que les gouvernements agissent et s’organisent différemment si on ne connaît pas la gravité de la situation ?

Voilà le type d’informations qui devraient faire la une des journaux. Comment feront les populations qui ont déjà du mal à se nourrir si en plus les catastrophes climatiques les forcent à quitter leurs foyers ? Si à cause des catastrophes climatiques, des récoltes entières deviennent irrécupérables, élevant ainsi le prix de produits de bases comme le pain et les pâtes ?

On devrait nous parler des 20 entreprises qui ont rejeté à elles seules (!) plus d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre depuis 1965. On devrait voir les humoristes et journalistes de demander à la droite de nous faire peur comme ils passent leur temps à le faire avec le terrorisme, l’immigration et les étrangers qui piquent l’argent des caisses de l’état en restant chez eux les bras croisés, comme l’a fait Krish Kumar dans le Mash Report sur la BBC Two.

On devrait nous parler des réfugiés climatiques, dont la seule option en vue de sécheresses, inondations, ouragans et autres climats destructeurs sera de quitter leurs chers pays pour tenter de rejoindre des terres encore . On devrait nous raconter que grâce aux avancements de la science, on peut attribuer l’impact et les sources du changement climatique anthropogènes à certains acteurs, comme par exemple Total ou Exxon (article en anglais sur cet aspect révolutionnaire de la science).

On devrait nous dire que, comme d’habitude, les plus démunis et minorités vont être les premiers à continuer à souffrir des conséquences du changement climatique (personnes de couleur, classes sociales basses, minorités ethniques et religieuses, femmes). Aux États-Unis, les plus privilégiés engagent de plus en plus de brigades pompiers privées pour faire face aux feux dus à la sécheress en Californie. On devrait nous aider à comprendre que cette problématique du climat représente bien plus qu’une perte de relation à la nature, mais qu’elle illustre notre perte de pouvoir démocratique, met en lumière les inégalités sociales toujours grandissantes, et nous proposer de remettre en question l’intérêt de la mondialisation et du capitalisme.

Les 20 entreprises qui ont rejeté plus d’un tiers des GES pendant les 50 ans dernières années, selon le Guardian

Malheureusement, les grands médias français ont peu d’intérêt à relayer l’information puisque leurs propriétaires sont des milliardaires à qui la crise du climat fait une bien belle jambe. Les conflits d’intérêt sont nombreux, et il est bien plus facile de taire de l’information plutôt que d’en gérer les répercussions (changement systémiques, par exemple). Voici une carte claire des propriétaires des médias français.

En revanche, la bonne nouvelle c’est qu’on n’a besoin de l’avis de personne pour pouvoir raconter et relayer les informations qui nous semblent importantes, et si on creuse un peu, on trouve des médias qui nous aident à y voir plus clair.

Les sources francophones à suivre pour comprendre & questionner l’actualité sur la crise du climat

Je te facilite le travail et je t’ai dégoté des magazines et journaux indépendants, comptes Twitter à suivre et où tu peux t’informer ce qu’il se passe vraiment, au lieu de rester les bras croisés à attendre que les journaux *ahem* ceux pour qui les changements structurels qu’engendrera tôt ou tard cette crise vont alerter *ahem* ne sortent de leur grotte.

Ces médias utilisent les mots adéquats pour raconter l’urgence et les conséquences du changement climatique. Certains invitent à l’action ; d’autres mettent en valeurs les militant.e.s, activistes, et initiatives positives pour nous redonner un peu d’espoir. Après tout, on en a besoin pour continuer à rêver d’un monde différent, plus juste, plus sain. Bonne lecture !

Médias

Reporterre, le quotidien de l’écologie

On connaît leur émission sur France 2, mais leur site raconte aussi l’actualité écologique. Ils mettent les mots sur la réalité, comme par exemples dans l’un de leurs derniers articles sur l’obsession de la Commission Européenne à insister sur la productivité plutôt que de se rendre à l’évidence que la productivité est une des sources de nos problèmes.

Compte Twitter

Pour, pour écrire la liberté

Pour est une coopérative aux nombreux projets, dont un site internet rempli d’articles à décortiquer et partager pour avancer dans ses réflections. Au centre de leur mission, on trouve la mise en avant des principes démocratiques, en insistant sur les notions de liberté, justice, solidarité et durabilité.

Dans la rubrique économie, on trouve des articles qui lient le climat et la finance, la croissance et notre système à modifier pour sauver la planète. C’est une vraie source de contenu à utiliser pour ses reflections, où se coitoient critiques et applaudissement des initiatives actuelles quant au changement climatique.

Basta ! mag

Basta ! est un média indépendant en ligne, qui publie quotidiennement des enquêtes, reportages, entretiens, sur les questions sociales, environnementales, économiques et démocratiques. Une fois sur le internet, tu trouveras trois sections majeure après la une : décrypter, résister, inventer. Chacune met à l’honneur l’information avec pour but de — une fois de plus — dire la vérité sur les enjeux sociaux, économiques et environnementaux des dernières nouvelles locales et internationales.

Compte Twitter

Le Devoir

Le Devoir est un journal canadien dont la section environnement nous informe sur l’actualité sur le climat et les actions continues des militants. Si tu cherchais une étude en français sur les 20 entreprises qui sont responsables d’au moins un tiers de l’émission des GES dans les 50 dernières années, le voici. (oui, tu as le droit d’être en colère…) Début octobre 2019, ils ont écrit qu’un “virage majeur est nécessaire” pour sauver notre chère planète d’une catastrophe.

Compte Twitter 

Mille Babords

Un journal marseillais dont la section écologie/environnement est un mélange de poésie et lettres à la terre et de rapports sur la mobilisation des citoyens provençaux pour le climat.

La terre au carré

Plutôt que relayer l’information, La tête au carré nous invite à creuser dans la problématique du climat et de comprendre ce que cette crise signifie. Voici une rencontre avec Vandana Shiva, figure du militantisme écologique (qui apparaît aussi dans le documentaire Demain).

Terrestres

La revue Terrestres resence écrits, entretiens, réflexions sur le monde dans lequel on vit avec ouverture, honnêteté et simplicité. Leur section climat est à suivre de près pour comprendre, réfléchir, et même prendre un temps pour se po(au)ser et écouter ce que disent nos coeurs et nos états d’âme de cette crise climatique. Lesley Hughes, chercheuse australienne, nous y invite en partageant son quotidien de scientifique dans cet article.

Autres articles à décortiquer un dimanche après-midi d’hiver avec un petit thé : Qui sont (vraiment) les activistes de l’apocalypse ? et Comment meurt la forêt pour que croisse la métropole

Compte Twitter 

Partie à la (re)découverte de Twitter

Je n’ai jamais été une grande utilisatrice de Twitter, mais depuis la crise du climat, c’est la plateforme qui m’a le plus aidée à trouver les bonnes sources d’informations et à comprendre ce qu’il se passe réellement en ce moment dans le monde entier. Par exemple, puisque je suis des jeunes acteur.ice.s important.e.s dans l’action pour le climat, j’ai su directement que 16 enfants avait déposé plainte auprès du Comité des droits de l’enfants des Nations unies en Septembre dernier. Plateforme à utiliser avec parcimonie, bien sûr, pour ne pas tomber dans l’overdose d’informations et la déprime…

Voilà quelques comptes qui me tiennent informée, à commencer par Extinction Rebellion.

Extinction Rebellion

On m’a raconté que pendant la semaine d’occupation à Paris en octobre 2019, gilets jaunes et XR ont pu échanger et lier leurs causes respectives, un grand pas à célébrer. / Image Reporterre

Extinction Rebellion est un mouvement de désobéissance civile non-violente créé au Royaume-Uni dont le but est de rassembler 3,5% de la population, chiffre nécessaire pour initier un changement de situation. Les principes du mouvement mettent l’accent sur un changement autant interne qu’externe, promouvant l’introspection, notamment. L’inclusion sociale est aussi au centre du mouvement, bien qu’il ait fallu écouter de nouvelles voix minoritaires pour que le mouvement s’en rende bien compte. Voici un article écrit par XR Écosse avec une liste de ressources qui pointent du doigts les lacunes du mouvement en terme d’inclusion. Un de leurs principes est aussi de s’organiser localement, c’est pourquoi il existe autant de comptes différents, autant pour chaque ville que région ou même type d’action (par exemple, un compte de médecins, d’écrivains, etc.)

En lire plus ici sur les 10 principes d’Extinction Rebellion.

Pour suivre toute l’actualité sur les actions du mouvement en France, organisées localement, tu peux suivre XR France. Ensuite, il ne te reste plus qu’à chercher ta ville ou ta région.

10 jeunes (et activistes) pour qui demain sera le plus difficile si rien n’est fait pour le climat

Pour avoir un aperçu de la génération qui sera la plus touchée par le dérèglement climatique, tu peux aller voir le site childrenvsclimatecrisis.org ou chercher #ChildrenVsClimateCrisis sur Twitter. La pétition et les annexes sont disponibles directement sur le site et comprend les histoires de chacun.e des 16 enfants qui portent plainte auprès de l’ONU contre l’inaction des gouvernements. Certain.e.s d’entre eux.elles sont particulièrement engagé.e.s, et tu peux les retrouver sur Twitter. Même si la plupart partage leur contenu en anglais, je te conseille vraiment de les suivre pour avoir un aperçu mondial de ce mouvement pour le climat.

Vanessa Nakate (Ouganda), qui milite pour défendre la forêt tropicale tropicale, le poumon africain dont personne ne parle et pourtant juste derrière l’Amazonie.

Hilda Flavia Nakabuye (Ouganda), une étudiante qui proteste dans les rues de Kampala depuis 2017, fondatrice de Fridays for Future en Uganda. Si son discours au sommet du C40 en octobre dernier a fait moins de bruit que celui de Greta à l’ONU quelques semaines plus tôt, il n’en est pas moins important.

Hilda Flavia Nakabuye est la fondatrice du mouvement Fridays for Future en Ouganda.

Leah Namugerwa (Ouganda, 15 ans) milite pour le climat en Ouganda tout particulièrement à travers l’organisation Fridays for Future qui manifeste pour cette même cause.

Vic Barrett (États-Unis, New York) milite pour la justice climatique. En septembre 2019, avec d’autres jeunes âgés de 12 à 23 ans (et aux côtés de Greta Thunberg), sont allés au Congrès à Washington DC pour demander l’appui de ses membres dans leur procès contre le gouvernement.

En savoir plus: Juliana Contre Les USA : Un Procès Pourrait Empêcher Le Gouvernement Fédéral De Soutenir Les Combustibles Fossiles

Alexandra Villaseñor (États-Unis, New York, 14 ans) fondatrice du mouvement Earth Uprising, une organisation de jeunes militant.e.s pour le climat

Edgar McGregor (États-Unis, Californie), va tous les jours ramasser le plastique qui traîne dans les parcs près de chez lui.

4 des jeunes activistes qui se sont rendu.e.s à Washington DC pour demander le soutien des congressmen/women. / Image The YEARS Project

Holly Gillibrand (Écosse, 13 ans) milite, comme beaucoup de collégiens, lycéens et étudiants tous les vendredis au lieu d’aller en cours

Arshak Makichyan (Russie, 24 ans) arrêté récemment pour avoir milité dans les rue de Moscou

Greta Thunberg (Suède, 16 ans), je ne te la présente pas

J’espère que ces sources vont te servir et surtout t’aider à comprendre la situation et à mettre des visages et des histoires de vie sur la crise du climat. Le plus difficile dans l’histoire, c’est de connecter notre expérience humaine aux problématiques de notre monde moderne ; c’est impossible à faire sans d’abord les comprendre.

Qu’est-ce qu’il manque ? Tu connais des journaux locaux honnêtes et qui parlent de la crise du climat ? Des jeunes qui militent et relaient l’information ? Partage les liens et noms !

P.S. : Si tu aimes ces journaux et magazines, n’hésite pas à les soutenir en partageant leur contenu (gratuit !) ou en faisant une petite donation. Le monde des médias et de la publication est difficile, et si on pouvait tous aider comme on peut, la portée de ces voix pourrait être bien plus grande.

Illustration : Johanna Cincinatis